La finance expliquée à ma belle-mère. Chapitre III – La création de valeur

Le fait que les directeurs financiers soient tous des emmerdeurs ennuyeux, chauves et portant des lunettes est une légende urbaine.

Mais il ne fait aucun doute que toute entreprise attend de la Finance de la logique, de la rigueur et un regard critique alors que tous les autres rôles de l’entreprise privilégient souvent les émotions :

  • le directeur commercial qui veut « donner » ses produits ou services afin d’augmenter les ventes
  • le représentant syndical pour qui la seule mission de l’entreprise est de garantir l’emploi
  • le directeur d’usine qui crie, insulte et frappe quand les choses ne vont pas comme il le souhaite.

Pour présenter mon point de vue, je pose généralement une question simple.

Si vous aviez 10, 50, 100 millions d’euros à votre disposition, les investiriez-vous dans une usine de fabrication avec des milliers de personnes, des cheminées imminentes, des risques environnementaux, des règles de sécurité strictes et des rendements incertains ou achèteriez-vous N propriétés résidentielles dans le centre de Paris, Londres ou New York où tout ce que vous avez à faire pour gagner un bon 5-6% net est de mettre une annonce de location sur Internet ?

En concluant : « Et pourtant, Dieu merci, nos actionnaires nous ont garanti un salaire en choisissant la première alternative. Essayez donc de vous mettre à leur place ».

Aucun effort ou connaissance particulière n’est nécessaire car la finance est juste une question de bon sens.

Et le bon sens, en tout cas celui de nous, Italiens, dit qu’il faut obtenir le maximum de résultats avec le minimum d’efforts.

La valeur d’une entreprise est donc une équation dont le numérateur est le résultat et le dénominateur l’effort : lorsque l’effort tend vers zéro, l’équation tend vers l’infini. Plus le résultat est grand, plus vite nous arrivons à l’infini.

À l’œil, sans aucune prétention scientifique, devant choisir entre maximiser le résultat et minimiser l’effort, je donnerais la priorité à l’effort.

Le résultat est généralement appelé EBIT ou EBITDA (« Earning before interests and taxes », résultat avant intérêts et impôts ou « Earning before interests, taxes, depreciation and amortization », résultat avant intérêts, taxes et amortissement) tandis que l’effort s’appelle CE ou CI (« Capital employed », capital engagé ou « Capital Invested », capital investi).

Ainsi, l’entreprise qui fait 100 d’Ebit avec des risques environnementaux, des cheminées, des machines bruyantes, un millier de personnes qui versent du sang, de la sueur et des larmes vaudra moins que celle qui les fait en louant quelques appartements à Paris.

Encore plus vaudra celle qui obtiendra 100 d’Ebit avec juste trois nerds qui passent leurs journées à jouer au baby-foot dans un entrepôt de la Silicon Valley après avoir inventé un truc qui s’appelle Facebook.